Deux images de soldats rwandais circulent largement sur les réseaux sociaux, suscitant de nombreux commentaires. Sur la première, des militaires sont étendus sur des lits d’hôpital, semblant recevoir des soins. Sur la seconde, certains apparaissent amputés, assis dans des fauteuils roulants. Ces clichés sont présentés comme des preuves des lourdes pertes que subirait l’armée rwandaise dans la guerre qui ravage l’Est de la République démocratique du Congo, où le mouvement armé AFC/M23 contrôle plusieurs zones. Or, cette interprétation est erronée. Les vérifications montrent que ces photos n’ont aucun rapport avec le conflit congolais. L’une remonte à 2014, l’autre à 2023, toutes deux prises dans des contextes entièrement différents.
Ces publications légendent : « les soldats rwandais pensaient pouvoir venir danser le « ndombolo » (une des danses modernes congolaises, NDLR) et le « zikutara » en RDC mais cette fois-ci ils ont eu ce qu’ils méritent : blessés et morts ».

Ces mêmes images hors-contextes sont utilisées sur X.
Quand notre équipe a introduit ces deux photos, les résultats ont prouvé qu’elles ont été sorties de leurs vrais contextes.
La première, celle qui montre des soldats dans des chaises roulantes, avait été prise le 7 juillet 2014, lors de la commémoration du 20ème anniversaire de la libération. A cette occasion, les « inkontanyi », comme on aime bien les appelés, ou ces soldats du Front patriotique rwandais (FPR), le parti politique au pouvoir au Rwanda avait été honoré par le président Kagame. Ils avaient même participé au défilé militaire du 4 juillet 2014 à cette occasion, et avaient été très applaudis par le public.
Ce terme affectif, « inkontanyi », qui signifie « guerriers », a été donné à l’origine à une ancienne milice sous le roi Rwabugiri, et a été repris par le mouvement politico-militaire fondé en 1987 par des Tutsis rwandais exilés en Ouganda pour mettre fin au génocide des Tutsis en 1994.
Le contexte selon lequel, ils sont des blessés du conflit entre les FARDC et les troupes de l’AFC/M23 n’est donc pas avéré.
Par contre, l’autre photo ne montre pas des dépouilles militaires dépotées depuis le terrain de guerre entre les forces loyalistes congolaises et celles du M23. Elle montre plutôt le lancement le 25 novembre 2023, par les « gardiens de la paix rwandais-Rwabat2 (59 bataillon d’infanterie) » servant dans le cadre de la mission intégrée multidimensionnelle de stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) qui avaient lancé une campagne de don de sang.
Cette initiative était en réponse à un appel fait par le ministère de la Santé de la République centrafricaine par l’intermédiaire de l’hôpital du district de Bossembele pour donner du sang pour sauver des vies. Ainsi donc, l’’hôpital du district de Bossembele avait directement commencé à prélever du sang auprès des gardiens de la paix rwandais à l’hôpital Rwabat2 de niveau I. L’hôpital allait collecter plus de deux cents unités de sang, rapporte le site officiel de la Rwanda Defense Force .
Là aussi, ce contexte ne cadre en rien avec la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC.
Absence de chiffres officiels sur les pertes rwandaises
En ce qui concerne les différents pourcentages des décès et des blessés des éléments RDF cités dans la publication, les autorités rwandaises n’ont pas encore réagi à nos sollicitations. Cependant, aucun chiffre officiel ( RFI – RDC et Rwanda )n’a jusqu’à présent été donné par le ministère de la communication rwandaise, ou par l’armée ( ONU – Rapport M23 ) elle-même.
Les images hors-contextes dans un climat diplomatique sensible
La diffusion de ces images hors contexte montre combien la désinformation peut se propager rapidement, surtout dans un climat de tensions entre la RDC et le Rwanda. Les relations entre les deux pays sont marquées par des accusations de soutien rwandais au M23, provoquant des tensions diplomatiques et des sanctions internationales.
Dans ce contexte, la diffusion de fausses images peut exacerber les conflits et nuire aux efforts de paix régionale. Vérifier les sources et fournir un contexte précis est donc essentiel pour informer correctement le public et préserver la stabilité politique et diplomatique de la région.


