« Je ne peux pas féliciter une meurtrière. Je suis ému par le sang de la Tanzanie », aurait dit Paul Kagame, chef de l’Etat du Rwanda au sujet des résultats de l’élection présidentielle en Tanzanie, qui ont vu Samia Suluhu Hassan être élue présidente. Ces élections ont été tachées de beaucoup de protestations et surtout un bilan élevé des protestataires morts. L’équipe de Congo Check, dans sa démarche de vérification, trouve que cette déclaration est attribuée à tort à Paul Kagame, d’autant plus qu’il ne l’a pas tenue.
Les publications ( 1 , 2 , 3 , 4 ) ont été nombreuses à relayer cette déclaration attribuée au président Rwandais. Les commentaires, en majorité des congolais, ont amplifié l’indignation et renforcé la tension déjà perceptible entre les communautés en ligne. D’où l’importance de vérifier la véracité de ces propos afin de prévenir des malentendus susceptibles d’aggraver les tensions et de maintenir un débat public basé sur des faits fiables.
Plusieurs internautes ( 1 , 2 , 3 , 4 ) ont pris cette fausse citation pour un fait avéré, ce qui a contribué à alimenter la méfiance et à nourrir un climat de rivalité politique et régionale. La rapidité avec laquelle cette désinformation s’est propagée montre à quel point les déclarations attribuées à des dirigeants influents peuvent avoir un impact majeur sur l’opinion publique.
La publication a eu des milliers de réactions ( 1 , 2 , 3 , 4 ). Et, parmi elles, la plupart provenaient des internautes congolais, qui jugeaient cette déclaration « hypocrite » de la part du dirigeant rwandais, à qui plusieurs organisations, dont les Nations Unies, lui ont accusé d’être derrière les exactions sévissant dans l’est de la RDC.
Paul Kagame n’a pas tenu ces propos
En dépit de cette viralité, l’équipe de Congo Check a vérifié et les résultats ont conclu que cette déclaration est fausse. Le président Kagame n’a pas tenu de tels propos. En attendant la réaction du porte-parole du gouvernement rwandais à ce sujet, nous avons constaté que cette déclaration n’a pas été publiée moins encore reprise sur les canaux de communication du Chef de l’Etat Rwandais, moins encore du gouvernement.
Tous ces comptes en lignes, pourtant régulièrement à jour, n’ont pas partagé cette déclaration.
Une déclaration non retransmise par les médias
Les différents médias du Rwanda ( 1 , 2 , 3 ) ont aussi relayé l’actualité tanzanienne, mais aucune, parmi les plus fiables vérifiées par Congo Check, n’a partagé cette déclaration.
Les faits prouvent qu’il n’a tout simplement pas réagi à cette élection de Samia Suluhu. Aucune déclaration n’a été faite par le gouvernement rwandais non plus.
Aucune réaction tanzanienne
Ces deux sources ouvertes qui n’ont rien mentionné de ces faux propos, rejoignent le même résultat de la part des médias tanzaniens ( 1 , 2 ) et du gouvernement tanzanien qui à leurs tours n’ont rien dit au sujet de cette déclaration.
La présidente tanzanienne avait reçu plusieurs félicitations d’autres chefs de l’Etat, dont celui de la RDC, Félix Tshisekedi. Et, à l’occasion de son investiture, le président du Rwanda n’était pas présent, mais celui du Burundi, de la Somalie, du Mozambique et de la Zambie y avaient tous assisté.
La désinformation, source des tensions diplomatiques
Débusquer cette fausse déclaration est essentiel pour empêcher la manipulation de l’opinion publique et éviter que des propos fabriqués ne détériorent les relations diplomatiques entre deux pays voisins comme le Rwanda et la Tanzanie. Une fausse citation attribuée à un chef d’État peut créer des tensions inutiles, alimenter des sentiments hostiles et influencer négativement les débats politiques dans la région. Elle peut aussi renforcer les divisions internes, surtout lorsqu’elle met en cause une figure politique sensible comme la présidente Samia Suluhu. Cela empêche aussi que les réseaux sociaux deviennent le terrain fertile de conflits inter-étatiques imaginaires.


