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Ces corps enterrés dans une fosse commune sont du sud de Gaza en novembre 2023 et non de jeunes manifestants décédés en Tanzanie

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Une photo publiée sur Facebook montre plusieurs corps enveloppés dans des sacs bleus, alignés au bord de ce qui semble être une fosse commune. Les auteurs de ces publications affirment qu’il s’agit de jeunes innocents tués par le régime de la présidente tanzanienne Samia Suluhu. Selon eux, les autorités confisqueraient les corps aux familles pour les enterrer clandestinement, afin d’effacer les traces des violences. Ces messages, rédigés en kiswahili, insinuent un massacre dissimulé en Tanzanie. Cependant, après vérification, l’équipe de Congo Check confirme que ces affirmations sont fausses. L’image provient en réalité du sud de Gaza, lors de l’inhumation de victimes des bombardements israéliens en novembre 2023.

Capture d’écran de cette photo sortie de son contexte traitée par Congo Check 

La publication analysée cumule plus de 4 100 mentions « j’aime », plus de 200 commentaires et 132 partages.

Une autre publication conclut même par un appel aux Tanzaniens à ne pas se « laisser diriger par une femme qui a l’appétit de boire le sang de chaque Tanzanien », insinuation sexiste et dangereuse.

Les commentaires sous ces posts ( 1 , 2 , 3 )montrent un climat d’indignation, de colère et de confusion. Certains affirment que les familles seraient empêchées de récupérer les corps de leurs proches, d’autres dénoncent une répression brutale des manifestations tandis que plusieurs messages s’en prennent directement à la présidente Samia Suluhu avec des propos sexistes et discriminatoires.

Vérification : aucun élément ne prouve que la photo vient de Tanzanie

Pour entamer la vérification, Congo Check a tenté de joindre Gerson Msigwa, porte-parole du gouvernement tanzanien, mais nos messages restent pour l’instant sans réponse. Toutefois, nous avons consulté plusieurs sources crédibles, dont un rapport de Human Rights Watch, qui évoque « des centaines de personnes tuées par la police et des membres non identifiés de forces de sécurité entre le 29 octobre et le 2 novembre 2025 », dans un contexte de répression. Ce rapport précise aussi les obstacles à la documentation : confinement imposé, restrictions sur les médias, coupures d’Internet et d’électricité.

Le même rapport mentionne des cas où des corps ont été déplacés par les forces de sécurité vers des lieux inconnus, potentiellement pour dissimuler des preuves.

Cependant, à aucun moment les sources officielles ou les médias tanzaniens ( 1 , 2 ) ne signalent une interdiction faite aux familles de récupérer les corps à l’hôpital. De plus, aucune image publiée dans ces contextes ne correspond au cliché diffusé sur Facebook.

Une photo prise en novembre 2023 au sud de Gaza

Grâce à la recherche d’images inversées, Congo Check a retrouvé l’origine exacte de la photo. Elle montre des Palestiniens priant devant les corps de personnes tuées lors d’un bombardement israélien, ramenés de l’hôpital al-Shifa, avant leur inhumation dans une fosse commune à Khan Younis, au sud de la bande de Gaza, le 22 novembre 2023.

Cette image apparaît dans un article de NPR News, qui rapporte qu’à cette période le nombre de morts dépassait les 30 000, selon le ministère de la Santé de Gaza.

Le World Socialist Web Site a également utilisé cette photo dans un article relayant la réaction de l’OMS. Sa porte-parole, Margaret Harris, alertait alors : « Nous verrons plus de gens mourir de maladies que de bombardements si nous ne sommes pas capables de remettre sur pied ce système de santé ».

La photo, prise par le photographe Mohamed Dahman (Associated Press), a été rognée : les personnes présentes pour la prière et l’engin destiné à recouvrir les corps n’y figurent plus. Ce recadrage a facilité la manipulation permettant de l’associer faussement aux violences en Tanzanie fin 2025.

Des appels discriminatoires qui aggravent la désinformation

Au-delà de la fausse information, les commentaires sous ces publications montrent une montée des discours haineux, sexistes et discriminatoires à l’encontre de la présidente Samia Suluhu.

Les plateformes comme Facebook rappellent dans leurs règles que les discours de haine et les incitations à la violence sont interdits. Les fausses informations, lorsqu’elles sont accompagnées de propos discriminatoires, amplifient les tensions sociales, polarisent les communautés et alimentent un climat d’hostilité envers des individus ou des groupes.

Dans un contexte électoral sensible, ces contenus peuvent contribuer à la désinformation massive, orienter les perceptions du public et encourager des violences réelles. Il est essentiel que les internautes vérifient l’origine des images et évitent de relayer des messages alimentant la haine ou la discrimination.

Pourquoi traiter ce sujet ?

Congo Check remet cette photo dans son contexte parce que sa diffusion, associée à un discours incendiaire, peut manipuler l’opinion publique, aggraver les tensions politiques et propager des récits mensongers dans une période déjà marquée par une forte crise informationnelle.

Avis de Congo Check à la communauté en ligne de la République démocratique du Congo, de la République centrafricaine, du Congo-Brazzaville et de l'Afrique francophone : Si votre contenu est étiqueté comme faux, partiellement faux, sans contexte, photo ou vidéo retouchée... ne le supprimez pas ! Modifiez-le, avec la mise à jour de l'article de vérification que nous mettons à votre disposition, puis signalez-le-nous ! Ou faites un recours si vous estimez que notre article de vérification ne contient pas suffisamment d'éléments factuels susceptibles d'appeler à la modification de votre contenu. Notre équipe sera alors avertie et procédera au retrait du tag ou vous fournira plus d'assistance dans la compréhension du contexte autour de votre contenu ! En supprimant le contenu, nous ne pourrons malheureusement rien faire de plus et la sanction sera maintenue !


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Hobab Watukalusu
Blogueur, enseignant et étudiant en Gestion Informatique vivant à Goma. Il développe un ardent désir pour le journalisme web, le Factchecking et le blogging. Intéressé par les enfants, le sport et les actualités. La lutte contre les Fake News est pour moi une addiction.

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