L’arrivée de la société américaine KoBold Metals en République Démocratique du Congo (RDC) marque un tournant géopolitique et technologique majeur pour le secteur minier africain. Soutenue par des géants de la technologie via le fonds Breakthrough Energy Ventures — incluant Bill Gates et Jeff Bezos — l’entreprise a franchi des étapes décisives en 2025 pour s’imposer sur le gisement de lithium de Manono, considéré comme l’un des plus riches au monde.

Un accord stratégique pour le lithium congolais
En juillet 2025, le gouvernement de la RDC et KoBold Metals ont signé un accord de principe ouvrant la voie à une exploration minière de grande envergure. Cet engagement a été concrétisé le 28 août 2025 par l’octroi de sept permis d’exploration de lithium par le Cadastre Minier (CAMI). Ces licences couvrent environ 1 600 km² dans les provinces du Tanganyika (territoire de Manono) et du Haut-Lomami.
L’ambition de KoBold est claire : mobiliser plus de 1 milliard de dollars pour développer la section sud du gisement de Manono. Contrairement aux méthodes traditionnelles, la firme utilise l’intelligence artificielle et le machine learning pour cartographier le sous-sol avec une précision inédite, réduisant ainsi les coûts et les délais de prospection.
Un terrain miné par les contentieux juridiques
L’entrée de KoBold Metals intervient dans un contexte de bataille juridique féroce. Le site de Manono est au cœur d’un litige opposant Kinshasa à la société australienne AVZ Minerals, qui détenait initialement les droits.
- Le conflit avec AVZ : Kinshasa a révoqué le permis d’AVZ en 2023, invoquant des retards. AVZ a riposté par un arbitrage international devant le CIRDI, accusant l’accord avec KoBold de violer les décisions de justice en cours.
- La solution KoBold : Pour débloquer la situation, KoBold a proposé un “cadre de paix et de prospérité”, suggérant de racheter les intérêts d’AVZ à leur “juste valeur” afin de stabiliser le projet.
- Le partage avec la Chine : Alors que le groupe chinois Zijin Mining contrôle déjà une partie nord du gisement, l’arrivée de KoBold est perçue comme une volonté de la RDC de diversifier ses partenaires.
Un enjeu géopolitique mondial : USA vs Chine
L’investissement de KoBold Metals dépasse le cadre commercial. Il s’inscrit dans la stratégie américaine visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques (nécessaires aux batteries des véhicules électriques) et à contrer la domination de la Chine en RDC. Ce projet est étroitement lié au développement du Couloir de Lobito, une infrastructure ferroviaire financée par les États-Unis et l’Europe pour acheminer les minerais de la RDC vers l’Atlantique.
En promettant de créer des milliers d’emplois hautement rémunérés et d’investir dans les infrastructures locales, KoBold Metals se positionne comme le fer de lance d’un nouveau modèle minier “intelligent” et pro-occidental en Afrique centrale.


