Une publication virale sur les réseaux sociaux prétend que les combattants Wazalendo auraient abattu un avion du M23 transportant des minerais vers le Rwanda ce lundi 26 janvier 2026 à Mweso. L’image montre un hélicoptère de combat fracassé dans la végétation, entouré d’hommes en uniforme. C’est une information totalement fausse.
Le Fact-Checking : Une image qui a traversé le temps
Grâce aux archives de Voice of America (VOA), le véritable contexte de cette photo a été établi. Ce crash n’a eu lieu ni cette semaine, ni même durant l’actuelle résurgence du M23.
- Date réelle : Le crash s’est produit le 27 janvier 2017.
- L’appareil : Il s’agit d’un hélicoptère Mi-24 des FARDC (l’armée régulière congolaise). Deux appareils s’étaient écrasés ce jour-là dans les montagnes du Rutshuru en raison de conditions météorologiques désastreuses (brouillard épais) lors d’une mission de reconnaissance.
- Le bilan : Ce crash a coûté la vie à un officier congolais et deux pilotes russes.
- L’immatriculation : Le code T-HM12 visible sur la carcasse identifie formellement un appareil de la flotte aérienne gouvernementale congolaise.
Utiliser la mort de soldats congolais et de leurs alliés survenue il y a 9 ans pour inventer une “victoire” actuelle est non seulement un mensonge, mais une insulte à la mémoire de ceux qui ont péri dans cet accident.
Analyse : La Fabrique du Mensonge en Temps de Guerre
Le conflit dans l’Est de la République Démocratique du Congo ne se limite plus aux collines du Nord-Kivu ; il s’étend désormais dans la “cinquième dimension” de la guerre : le cyberespace. L’infox que nous venons de déconstruire révèle les mécanismes profonds d’une stratégie de manipulation massive.

1. Le recyclage iconographique : la paresse au service du faux
Pourquoi inventer une image quand on peut en voler une ancienne ? Les manipulateurs utilisent le principe de l’analogie visuelle. Un hélicoptère écrasé dans la jungle “ressemble” à ce que l’opinion publique s’attend à voir d’un crash récent. En choisissant une image de 2017, l’auteur de l’infox parie sur l’amnésie collective. Plus le conflit dure, plus le stock d’images de débris, de prisonniers ou de combats augmente, devenant une véritable “bibliothèque du faux” pour les propagandistes.
2. Le récit “Wazalendo” et la fibre nationaliste
L’infox attribue l’exploit aux Wazalendo (patriotes). Dans le contexte actuel de mobilisation populaire contre le M23, flatter l’héroïsme des milices locales est un moyen garanti d’obtenir des milliers de partages. En ajoutant le détail des “minerais vers le Rwanda”, l’auteur sature le message d’éléments émotionnels forts. Le but est d’empêcher toute analyse critique : l’internaute, transporté par la joie d’une “victoire” et la colère du “pillage”, partage avant de réfléchir.
3. La guerre cognitive : détruire la notion même de vérité
Le danger majeur de ces infox n’est pas seulement le mensonge ponctuel. C’est la création d’un état de confusion permanent. En multipliant les récits contradictoires et les fausses preuves :
- On discrédite les sources officielles.
- On rend la population méfiante envers les journalistes professionnels qui, eux, prennent le temps de vérifier et ne publient pas “l’exclusivité” dans la minute.
- On crée un environnement où la vérité devient une question d’opinion : “Je le crois parce que cela m’arrange”, plutôt que “Je le crois parce que c’est prouvé”.
4. L’économie de l’infox : le clic comme butin de guerre
Derrière le message se cache souvent un intérêt bassement commercial. La mention de pages comme “Congo motema7sur7” montre que ces fausses nouvelles servent d’appâts (clickbait) pour gonfler des audiences. Une page Facebook avec 100 000 abonnés gagnés grâce à des mensonges patriotiques devient un actif monétisable ou un outil d’influence politique puissant pour celui qui la détient.
5. Conclusion : Vers une hygiène numérique de survie
Dans l’Est de la RDC, l’information peut sauver ou tuer. Une rumeur de crash peut provoquer des déplacements de population ou des représailles inutiles. Face à cette menace, la vérification est un acte de citoyenneté. Comme nous l’avons démontré ici, une simple comparaison avec des archives de presse sérieuses (comme VOA ou les agences internationales) suffit à faire s’écrouler l’édifice du mensonge.
La guerre de l’information exige une arme simple mais puissante : le doute méthodique. Avant de cliquer sur “partager”, demandez-vous : Qui parle ? Quand cette photo a-t-elle été prise ? Et à qui profite le mensonge ?


