Dans son allocution prononcée le 8 décembre devant les députés nationaux et sénateurs réunis en congrès, le président Félix Tshisekedi a annoncé que l’accès à l’électricité en République démocratique du Congo (RDC) a atteint 21,5 % en 2025, contre seulement 9 % en 2019, marquant ainsi la progression la plus rapide de l’histoire énergétique du pays. Ces données pourtant non avérées ont ete répandues sur le reseau social Facebook à travers plusieurs pages et internautes. Congo Check après avoir parcourus plusieurs rapports sur l’état d’accès d’électricité en RDC contredit cette allégation et confirme que contrairement aux propos du président Félix Tshisekedi lors de son ascension au pouvoir 19,1% de la population congolaise accédait à l’électricité et non 9% tel que prétendu.
« Dans le domaine de l’électricité. Nous revenons de loin en 2019, seuls 9 % de nos compatriotes avaient accès à l’électricité en 2025, ce taux est établi à 21,5 %… une progression la plus rapide de notre histoire », a déclaré le Président de la République devant les députés nationaux et sénateurs réunis en congrès. Selon le Chef de l’État, cette avancée s’inscrit dans le cadre de la mission 300, programme national visant à porter le taux d’accès à l’électricité à 62 % d’ici 2030. Notre pays est en train de changer d’échelle » a-t-il déclaré
Avis des citoyens citoyens
Pour évaluer la perception des Congolais vis-à-vis des chiffres avancés par le président Félix Tshisekedi, Congo Check a examiné divers avis exprimés par les internautes. Les résultats révèlent des opinions divergentes : certains approuvent ces données et félicitent le président, tandis que d’autres les contestent fermement, les qualifiant d’erronées. Par ailleurs, certains soulèvent que la RDC n’a pas encore atteint un taux d’accès à l’électricité de 25 %, arguant que, dans leur province, peu de personnes bénéficient de l’électricité souvent interrompue.
Des chiffres erronés attestent les rapports consultés par Congo Check
L’équipe de Congo Check, dans le cadre de sa vérification, a examiné divers rapports établis par des sources fiables concernant le taux d’accès à l’électricité en République Démocratique du Congo. Le premier rapport analysé provient de la Banque Mondiale, qui a retracé l’évolution de l’accessibilité à l’électricité en RDC de 2000 à 2023. Selon ce rapport, le taux d’accessibilité en 2019 était de 19 %, en décalage avec les 9 % avancés par le président Félix Tshisekedi. Pour 2023, la Banque Mondiale estime le taux à 22,1 %, supérieur au 21,5 % mentionné pour 2025 par le président.Dans une recherche antérieure menée par Congo Check avait aussi contacté Franck Bitemo, chargé de communication à la Banque Mondiale en Afrique, qui avait précisé qu’en 2017, le taux d’accessibilité était déjà de 19 %.
Dans son premier rapport biennal de 2022 sur la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, le ministère de l’Environnement et Développement Durable a noté que le taux d’accès à l’électricité en 2016 était de 15 %. Ce rapport, citant le Système d’Information Énergétique (SIE), affirme que «Le taux d’accès de la population à l’électricité, l’un des plus faibles du monde, est estimé à 15%(SIE, 2016). La production de l’électricité est assurée en grande partie par la Société Nationale d’Electricité (SNEL) avec une puissance installée de 2442 MW. »

Selon un autre rapport de la Commission Économique pour l’Afrique publié en 2017 la RDc a enregistré un taux d’accès à l’électricité de 15% malgré les potentielles hydroélectriques que belle regorge. « Avec un potentiel en énergie hydroélectrique de 100 GW, soit 13 % du potentiel mondial, la RDC pourrait être en mesure de fournir de l’électricité aux trois quarts du continent africain. Or, le pays ne produit aujourd’hui qu’environ 9 000 mégawattheures (MWh) par an, seulement 3 % du potentiel hydroélectrique étant exploité, et le taux d’accès de la population au réseau électrique s’élève à peine à 15 %. » lit-on cette affirmation

Enfin, un rapport national de 2013, intitulé « Énergie durable pour tous à l’horizon 2030 », a évalué l’accès à l’électricité à 9 %, remettant en question l’affirmation de Félix Tshisekedi selon laquelle ce taux aurait doublé en six ans de mandat. Ce rapport précise que « le potentiel hydroélectrique techniquement exploitable est estimé à 774 000 GWh par an, correspondant à une puissance exploitable d’environ 100 000 MW, dont seulement 2,6 % sont à ce jour exploités. »

GOOGLA a également rapporté que le taux d’électrification se situait entre 9 et 12 % en 2014, atteignant 19 % en 2019.
Conséquences de cette désinformation
Les conséquences de cette désinformation sont préoccupantes. En effet, le président Félix Tshisekedi a communiqué des chiffres erronés devant le Sénat et l’Assemblée, déclarant un taux d’accès de 9 % à son arrivée au pouvoir et 25,1 % aujourd’hui, représentant ainsi une amélioration de plus de 200 %. De telles inexactitudes compromettent la crédibilité des institutions et érodent la confiance du public envers le gouvernement. Des données incorrectes rendent également difficile l’évaluation des projets d’électrification et compliquent la planification stratégique, risquant d’orienter les investissements et les ressources vers des domaines inappropriés.
En s’appuyant sur les rapports précédemment cités, notamment ceux de la Banque Mondiale, de la Commission Économique pour l’Afrique, de l’initiative « Énergie durable pour tous à l’horizon 2030 », et de GOOGLA, il est évident que le chiffre avancé sur l’électrification en RDC de 2019 à 2025 par Félix Tshisekedi est erroné.


