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AI Art : l’intelligence artificielle derrière des vidéos virales de dragons cracheurs de feu

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Sur Facebook notamment, circulent plusieurs vidéos montrant des créatures ressemblant à des dragons enchaînés, parfois attaqués par des chiens en train d’aboyer, avant de leur cracher du feu. Ces créatures légendaires et mythiques sont présentées, selon les publications, comme ayant été filmées dans différentes provinces de la République démocratique du Congo (RDC). Les scènes, qualifiées d’« incroyables », captent l’attention de milliers d’internautes. Ces vidéos devenues virales sont partagées et présentées par certains créateurs de contenus comme des scènes réelles, voire comme des dragons « à vendre ». Dans une vidéo transférée à plusieurs reprises sur WhatsApp, la scène est décrite comme s’étant déroulée dans le territoire de Butembo, dans la province du Nord-Kivu, en RDC. Pourtant, ces images sont irréelles. Il s’agit de créations issues de l’AI Art, c’est-à-dire des vidéos générées par l’intelligence artificielle.

Selon les publications ( 1 , 2 , 3 ), les faits auraient eu lieu tantôt à Kikwit, tantôt à Kingakati (la ferme de l’ancien président Joseph Kabila), tantôt ailleurs en RDC. Certaines de ces publications totalisent des milliers de vues.

Le même contenu est également diffusé sur plusieurs autres plateformes en ligne comme iciiciici et .

Dans les commentaires, certains internautes comparent ces créatures aux dragons de la série Game of Thrones. D’autres s’interrogent sur l’authenticité des scènes, tandis qu’une partie du public exprime son scepticisme en soulignant des incohérences visuelles et des défauts techniques perceptibles dans les vidéos.

Une vidéo générée par l’intelligence artificielle

Pour vérifier ces vidéos, l’équipe de Congo Check a adopté une démarche en trois étapes. D’abord, des sources locales vivant dans les lieux cités ont été contactées. Ensuite, une analyse visuelle a permis d’identifier plusieurs incohérences et imperfections caractéristiques des contenus générés par l’IA. Enfin, des outils de détection spécialisés ont été mobilisés pour appuyer ces constats.

À Kikwit, Congo Check a échangé avec Bob Luboma, journaliste à la Radio Télévision Vénus de Kikwit. Il réfute catégoriquement cette rumeur.

« C’est un mensonge », a-t-il déclaré à Congo Check.

À Butembo, Alicia Zawadi, membre du programme de l’UNICEF Les Veilleurs du Web, rejette également cette information, qu’elle qualifie d’infondée. Après visionnage, elle estime qu’il s’agit clairement d’un produit de l’intelligence artificielle comme le démontre l’indice « Notice by IA » sur ce post..

Une œuvre d’AI Art

Les vérifications menées, combinées aux témoignages des sources locales, ont permis d’établir que ces vidéos sont des productions d’AI Art, c’est-à-dire des œuvres visuelles créées à l’aide de l’intelligence artificielle.

Concrètement, il s’agit d’images ou de vidéos (illustrations, scènes animées, paysages, créatures fictives) générées par des algorithmes à partir de descriptions textuelles, d’images existantes ou d’une combinaison des deux. Des plateformes spécialisées permettent aujourd’hui à des utilisateurs de créer ce type de contenus en formulant de simples consignes, appelées prompts.

Par exemple, une consigne telle que : « Un jeune dragon enchaîné qui crache du feu sur trois chiens dans une pièce » suffit à générer une scène entièrement fictive. L’IA s’appuie sur des millions d’images et de styles assimilés lors de son entraînement pour produire une création nouvelle, qui n’a jamais existé dans la réalité.

Certaines publications similaires à celles analysées utilisaient d’ailleurs des hashtags tels que #AIART, #Fake, #AIVideo, indiquant explicitement le caractère artificiel du contenu.

Identification des comptes à l’origine des vidéos

Les vérifications ont également permis d’identifier le compte Facebook à l’origine de plusieurs de ces vidéos de « bébés dragons cracheurs de feu ». Il s’agit du profil Facebook d’un créateur digital nommé Hilman Hidayat, qui compte plus de 226 000 abonnés. Le compte a été créé le 12 décembre 2009, et son propriétaire réside à Bandung, à Garut, en Indonésie. De nombreuses vidéos publiées sur ce compte montrent des dragons de différents âges, attachés ou enchaînés à l’aide de cordes ou de chaînes.

Screenshot
Capture d’écran du compte auteur de ces vidéos en cours de vérification

La vidéo examinée dans cette vérification est accessible ici Elle a été vue par plus de 31 millions d’internautes sur Facebook avant d’être sortie de son contexte. Son auteur a utilisé des hashtags indiquant que le contenu n’était pas réel, sans toutefois recourir à un label explicite signalant une création par intelligence artificielle. 

Un autre compte professionnel spécialisé dans la création de contenus en AI Art relaie également ce type de vidéos. 

Cette page, suivie par plus de 546 000 abonnés, diffuse régulièrement des vidéos et images d’animaux légendaires et mythiques, notamment des dragons. Elle est notamment à l’origine d’une image animée présentée comme un « petit dragon à vendre », devenue très virale. Sur cette page, la publication avait enregistré plus de 186 000 mentions « J’aime » et plus de 12 millions de vues. 

Photo générée par l’intelligence artificielle

Des incohérences visuelles révélatrices

Outre l’identification des comptes sources, l’analyse visuelle révèle plusieurs incohérences typiques des contenus générés par l’IA. La plupart des vidéos durent moins de 15 secondes, une caractéristique fréquente des générations automatisées. Dans la vidéo analysée, la chaîne retenant le dragon disparaît brièvement autour de la huitième seconde. Dans d’autres séquences, certains dragons semblent synchroniser leurs mouvements avec les aboiements des chiens, tandis que des anomalies de superposition apparaissent (chiens se confondant partiellement avec le dragon, ombres incohérentes ou absentes).

Bien que les décors et l’éclairage rappellent le climat tropical indonésien, donnant une impression de réalisme, ces détails techniques trahissent une production artificielle.

Plusieurs outils de détection (WasitAI, HuggingFace, Hive Moderation, entre autres) n’ont pas confirmé de manière concluante ces indices visuels. Il est toutefois important de rappeler que les technologies de détection de contenus générés par l’IA restent, pour beaucoup, à un stade expérimental, et peuvent produire des résultats variables selon les cas.

En revanche, DeepFake-o-meter, une plateforme en libre accès intégrant des méthodes de recherche open source avancées pour détecter les images, vidéos et audios générés par l’IA, a fourni des résultats plus probants. Après analyse détaillée de la vidéo et de ses éléments constitutifs, l’outil estime que la probabilité qu’il s’agisse d’un contenu généré par l’IA se situe entre 62,4 % et 100 %.

Pourquoi vérifier cette vidéo ?

La vérification de ce type de contenu est essentielle pour éviter la propagation de fausses informations susceptibles d’induire le public en erreur. Présenter des créations d’intelligence artificielle comme des faits réels alimente la désinformation, entretient la confusion et affaiblit la capacité des internautes à distinguer le vrai du faux. Ce travail de fact-checking permet ainsi de rappeler l’importance du contexte, de la source et de l’esprit critique face aux contenus viraux diffusés en ligne.

Avis de Congo Check à la communauté en ligne de la République démocratique du Congo, de la République centrafricaine, du Congo-Brazzaville et de l'Afrique francophone : Si votre contenu est étiqueté comme faux, partiellement faux, sans contexte, photo ou vidéo retouchée... ne le supprimez pas ! Modifiez-le, avec la mise à jour de l'article de vérification que nous mettons à votre disposition, puis signalez-le-nous ! Ou faites un recours si vous estimez que notre article de vérification ne contient pas suffisamment d'éléments factuels susceptibles d'appeler à la modification de votre contenu. Notre équipe sera alors avertie et procédera au retrait du tag ou vous fournira plus d'assistance dans la compréhension du contexte autour de votre contenu ! En supprimant le contenu, nous ne pourrons malheureusement rien faire de plus et la sanction sera maintenue !


Congo Check, étant signataire du code de principe du Réseau international des fact-checkers (IFCN), se soumet aux principes de transparence et d’impartialité. Si, d’une manière ou d’une autre, vous pensez que l’un de nos articles viole ces principes (voir la vidéo ici https://youtu.be/OVrx_2OYuTg ) vous pouvez nous contacter à info@congocheck.net . Vous pouvez aussi reporter vos préoccupations à l’IFCN, en leur écrivant à info@poynter.org. Veuillez lire ici la politique de réclamation de IFCN : https://ifcncodeofprinciples.poynter.org/complaints-policy

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Hobab Watukalusu
Blogueur, enseignant et étudiant en Gestion Informatique vivant à Goma. Il développe un ardent désir pour le journalisme web, le Factchecking et le blogging. Intéressé par les enfants, le sport et les actualités. La lutte contre les Fake News est pour moi une addiction.

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